Les affections thyroïdiennes (8 femmes pour 2 hommes) débutent volontiers lors des moments clés de la vie génitale.
La fonction de la glande thyroïde est normale durant la grossesse, bien que certaines femmes enceintes montrent souvent des symptômes et signes qui s'apparentent à l'hyperthyroïdie, comme un rythme cardiaque rapide ou des palpitations, une transpiration excessive et l'intolérance à la chaleur. La vitesse du métabolisme est également accélérée durant la grossesse. Il n'est donc pas étonnant qu'on recherche souvent l'existence d'une hyperthyroïdie même si, en réalité, elle n'est présente que dans un seul cas sur 1 000 grossesses. La glande thyroïde, même normale, peut augmenter de volume durant la grossesse, mais la présence d'une augmentation, même modeste, de la glande peut révéler l'existence d'un problème thyroïdien sous-jacent qui doit être examiné.
Les taux sériques de thyroxine (T4) et de triiodothyronine (T3) totales augmentent pendant la grossesse à cause du niveau élevé d'estrogènes qui, à leur tour, augmentent les concentrations de protéines fixatrices d'hormones thyroïdiennes. Bien que ce fait rende plus difficile l'interprétation des fonctions de la thyroïde, la production d'hormones thyroïdiennes est normale chez la femme enceinte.
La grossesse représente une étape délicate car la physiologie thyroïdienne est modifiée.
• Les besoins en iode sont accrus (augmentation des pertes urinaires et besoins du foetus). Si les apports sont inférieurs à 50 µg/jour, un goitre peut apparaitre
• La bêtaHCG possède un effet TSH-like et lors du premier trimestre une augmentation des T3 et T4 est souvent obervée (tout en restant généralement dans les limites de la normale).
Parallèlement, la TSH va baisser. Le développement d'un goître modéré est fréquent. Il régresse en partie aprés la grossesse sauf problème en post-partum
• L'inflation oestrogénique gravidique entraine une augmentation de la synthèse hépatique de la TBG (thyroid bending protein) , proteine transporteuse des hormones thryroïdiennes. Elle entraine également une augmentation modérée des taux de T3 et T4.
Les affections thyroidiennes lors de la grossesse:
-L'hypothyroidie: 2% des femme enceintes.
Dans la majorité des cas, c'est une hypothyroïdie auto-immune avec Anticorps de type Hashimoto.
Si le médecin traitant soupçonne qu'une patiente enceinte est atteinte d'hypothyroïdie, il peut effectuer une analyse sanguine TSH. Tout comme chez les femmes qui ne sont pas enceintes, la TSH augmentera s'il y a hypothyroïdie.
Traitement:
Si la femme suit déjà un traitement à la thyroxine lorsqu'elle devient enceinte, elle doit continuer à prendre ce médicament durant sa grossesse. La thyroxine ne présente aucun danger et est bien absorbée durant la grossesse. Bien qu'aucun changement de dosage ne soit parfois nécessaire, plusieurs femmes ont besoin d'une dose un peu plus élevée lorsqu'elles sont enceintes. En général, les médecins surveillent le niveau de la TSH afin de détecter toute hypothyroïdie, même légère, et augmentent au besoin la dose de thyroxine.
-L'hyperthyroidie: : 2% des femmes enceintes.
Le diagnostic est difficile car les signes cliniques (tachycardie, vomissement) peuvent être facilement attribués à l'état de grossesse.
Dans la majorité des cas c'est une maladie de Basedow préexistante avec présence d'auto anticorps anti-récepteur de la TSH.
La thyréotoxicose (hyperthyroïdie) qui survient durant la grossesse, le plus souvent due à la maladie de Graves, présente un défi pour le diagnostic aussi bien que pour le traitement en raison de considérations particulières concernant le foetus et la mère. En effet, le risque d'avortement et de naissance d'un mort-né est accru si la thyréotoxicose n'est pas traitée, et le risque général pour la mère et l'enfant augmente encore si la maladie persiste ou si elle n'est découverte que tard au cours de la grossesse. Certains signes physiques spécifiques, tels que saillie des yeux, glande thyroïdie tuméfiée et réflexes exagérés, suggèrent le diagnostic, qui se confirme par des niveaux sériques très élevés d'hormones thyroïdiennes. Comme nous l'avons noté plus haut, les scintigraphies ou le traitement à l'iode radioactif ne sont jamais effectués au cours d'une grossesse. Toutefois, si une scintigraphie thyroïdienne est effectuée par inadvertance durant une grossesse, il ne faut pas trop s'en inquiéter puisque la quantité de radioactivité reçue par le foetus s'élève à peine au- dessus du niveau du rayonnement de fond ambiant.
En revanche, si un traitement à l'iode radioactif est administré par inadvertance durant la grossesse, cela soulève des inquiétudes quant aux effets des radiations sur le développement du foetus au début de la grossesse. La quantité de radiation peut s'approcher de niveaux qui peuvent être nuisibles et, après avoir reçus les conseils appropriés, certaines patientes peuvent opter pour un avortement thérapeutique. Il reste que nombre de bébés tout à fait normaux sont nés dans ces conditions. Plus tard au cours de la grossesse, l'iode radioactif peut détruire la glande thyroïde du foetus, mais cela n'est probablement pas une raison suffisante pour mettre fin à la grossesse étant donné que le dépistage et le traitement de l'hypothyroïdie peu après l'accouchement assure habituellement la croissance et le développement normal de l'enfant.
Traitement:
Le traitement de choix pour la thyréotoxicose durant la grossesse est une médication antithyroïdienne, soit le propylthio-uracile ou le méthimazole, étant donné que l'iode radioactif ne peut être utilisé. Le propylthio-uracile demeure le médicament de choix puisqu'il ne traverse pas le placenta aussi facilement que le méthimazole. Le premier objectif est de maîtriser l'hyperthyroïdie, puis d'utiliser la dose de médicament la plus faible possible qui puisse maintenir les niveaux d'hormone thyroïdienne sérique aux valeurs élevées normales. En procédant de cette façon, il semble y avoir peu de risques pour le bébé.
En cas d'allergie légère à l'un de ces médicaments, on peut y substituer l'autre. S'il y a un problème à prendre les comprimés ou si l'allergie est plus grave, on peut alors recourir à la chirurgie pour enlever la plus grande partie de la glande thyroïde. Cela se fait habituellement vers le milieu de la grossesse. Heureusement, cela est rarement nécessaire.
Une atténuation ou une rémission totale de la maladie à l'approche du terme fait partie du cours normal de hyperthyroïdie durant la grossesse. Chez de nombreuses patientes, les médicaments antithyroïdiens peuvent être réduits à de faibles doses ou même discontinués. Pour les patientes qui n'ont pas cette chance, il est important de continuer à contrôler l'hyperthyroïdie tout au long de la grossesse afin d'éviter une thyréotoxicose aigue (crise thyréotoxique) durant le travail et l'accouchement. Si la crise survient, on administre un traitement additionnel énergique aux inhibiteurs á- adrénergiques, tels que le propranolol (Inderal) et de fortes doses d'iode non radioactif. On déconseille toutefois un traitement prolongé à l'aide de ces agents durant la grossesse, bien que certains médecins utilisent le propanolol lorsque la maladie est d'abord diagnostiquée afin de soulager les symptômes jusqu'à ce que la médication antithyroïdienne commence à agir.
-Le goitre euthyroidien: préexistants ou apparus post partum, il doivent bénéficier d'un traitement de thyroxine ou d'une adaptation de dose car la probabilité d'augmentation de volume est très élevée.
-Le goitre exophtalmique: au cours de la grossesse, le traitement du goitre exophtalmique est différent du traitement normal, car le traitement à l'iode radioactif ne peut alors être administré et la chirurgie est contre-indiquée (surtout dans les trois premiers et derniers mois de la grossesse en raison des risques de fausse couche). La grossesse ayant des effets immunosuppresseurs, la dose de médicaments antithyroïdiens doit être plus faible qu'à l'ordinaire. Une surdose peut affecter la thyroïde du foetus, car les médicaments administrés traversent la barrière placentaire, et se retrouvent dans le sang de l'embryon et sa glande thyroïde.
-Les nodules thyroidiens: on se contente généralement d'une surveillance échographique en repoussant après l'accouchement scintigraphie et chirurgie. Une cytoponction peut être envisagée.
Un nodule thyroïdien est un gonflement isolé de la thyroïde, ordinairement remarqué par la patiente ou détecté par son médecin lors d'un examen de routine. La plupart des nodules sont bénins (sans danger), mais il y a invariablement certaines craintes en raison de la possibilité, même mince, de cancer thyroïdien. Les scintigraphies de la thyroïde sont contre-indiquées pendant la grossesse et, même si une exploration ultrasonique de la thyroïde est sans danger, ce test n'aide généralement pas à exclure la possibilité de cancer. Le meilleur test à effectuer consiste en un ponction-biopsie à l'aiguille afin de déterminer si le nodule est bénin ou malin. Si l'examen de la pièce de biopsie révèle la présence d'un cancer, la chirurgie nécessaire peut être effectuée vers le milieu de la grossesse. Si le nodule est découvert plus tard au cours de la grossesse, l'exploration et le traitement peuvent probablement être reportés jusqu'à la période post-partum.